Aujourd'hui, si je désire évoluer dans le cadre professionnel, je me forme afin d'acquérir de nouveaux outils, je m'ouvre et j'apprends de nouveaux savoirs.

Si je souhaite optimiser ces connaissances par une promotion professionnelle, améliorer mon salaire ou les fonctions de mon poste, je passe systématiquement par une évaluation. Je suis notée, évaluée.

Qu'est-ce que je vaux? quel chiffre puis-je me donner? A quel numéro je correspond?

Derrière ces chiffres, se cachent souvent des souffrances non exprimées, des rancoeurs, voire des humiliations.

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Sous quels critères puis-je me permettre d'évaluer mon prochain? Evaluer sans juger, est-ce possible? Comment avoir un regard bienveillant et juste sur une personne sans la stigmatiser, en mettant en avant le meilleure d'elle-même?

Souvent l'évaluation est portée comme un jugement. D'ailleurs il suffit d'écouter comment les entretiens professionnels annuels (avec son supérieur) se passent, comment les salariés arrivent et ressortent pratiquement terrorrisés par ce jugement sans appel pour se faire une petite idée.

 

Je pense qu'il y a souvent une confusion entre la fonction de la personne, le rôle qu'elle doit jouer au sein de l'entreprise, et ce qu'elle est en tant que personne, une confusion entre le savoir faire et le savoir être.

La violence provient de cette limite si facilement franchie dans le contexte professionnel.

La violence vient du jugement sans appel, définitif : tu n'es pas bon, tu n'as pas fait ci ou ça, tu... Et lorsque je tente de protester, ARRRRRHHH! mais c'est comme ça partout, tu dois t'habituer, tout le monde est noté, jugé, évalué, c'est la réalité de la vie!

 

La violence n'est-ce pas ici de refuser de voir la souffrance qu'engendre un tel jugement, une stigmatisation de la personne et une confusion entre ce qu'elle est, et ce qu'elle produit?


Qu'est-ce qu'il me manque ici pour ne pas me sentir jugée? Comment un jugement inaproprié peut générer un comportement violent? Quand est-ce que je sens que je nourris cette violence? N'est-ce pas lorsque je ne me sens pas entendue? N'est-ce pas lorsque l'autre porte sur moi un regard malveillant? Que se passe t-il lorsque ce regard vient d'une personne qui fait fonction d'autorité sur moi?

 

Comment puis-je évaluer avec bienveillance?

Lorsque que je me sens respectée en tant qu'être humain, écoutée dans la profondeur de ma personne, dans ma singularité et mon unicité, lorsqu'on respecte mon besoin de sécurité, lorsque je me sens libre d'être moi-ême, sans peur des jugements, peut-être lorsque toutes ces conditions sont réunies, je peux m'ouvrir à l'autre, à son regard, à la tentative de trouver ensemble une solution et progresser vers un mouvement constructif.

 

Il n'est pas question ici de douter ou de rejeter complètement les remises en question, elles sont nécessaires et à mon avis incontournables tout au long de notre vie. Il est question de savoir comment je peux aider l'autre et m'aider par la même occasion et comment je peux évoluer sereinement lorsque je me sens compris, aimé, respecté.

C'est oser se tromper, oser de pas être les meilleurs tout de suite, prendre le temps de s'écouter pour mieux se respecter. c'est mettre d'abord les objectifs de productivité de côté, prendre le temps de se connaître, de se reconnaître.

Oui nous sommes dans le même monde, oui, nous pouvons nous entraider et éviter d'alimenter l'esprit de compétition qui génère violence, incompréhension et solitude.

 

Ce temps nécessaire à la prise en compte de l'autre et de sa différence, pas un temps perdu, mais un temps gagné à être plus proches des uns des autres et avancer main dans la main vers des objectifs communs.